La Réserve

Une première mondiale

La Réserve internationale de ciel étoilé du Mont-Mégantic (RICEMM) vise à préserver, aujourd’hui et pour l’avenir, l’accès pour tous à l’expérience du ciel étoilé. Poursuivant les différents efforts à travers le monde pour lutter contre la pollution lumineuse, elle est la toute première réserve internationale de ciel étoilé certifiée par la International Dark-Sky Association (IDA).

 

Mené par l'ASTROLab et grâce à la collaboration du parc national du Mont-Mégantic, de l'Observatoire du Mont-Mégantic, des communautés locales et des élus municipaux, provinciaux et fédéraux, le projet de protection du ciel nocturne a permis de répondre adéquatement aux besoins d'éclairage extérieur en réalisant d'importantes économies d'énergie. De plus, la protection du ciel étoilé et la mise en valeur des paysages nocturnes contribuent à donner à la région un caractère distinctif et une notoriété internationale.

 

Inaugurée en septembre 2007, la RICEMM s'étend sur une superficie de 5 275 km2. Elle est centrée sur le parc national et l'Observatoire du Mont-Mégantic et couvre approximativement une zone d'un rayon de 50km. La ville de Sherbrooke, située à 60km à vol d'oiseau, fait aussi partie de la réserve de ciel étoilé, ainsi que les 35 autres municipalités des MRC du Haut-Saint-François et du Granit.

Historique

Comme les activités de recherche, d'éducation et de tourisme de la région du mont Mégantic reposent sur l'observatoire astronomique (OMM), la protection du ciel étoilé y revêt une importance cruciale. L'éloignement géographique ne la garantie malheureusement pas et la pollution lumineuse à l'OMM à plus que doublé entre 1978 et 1998. Avec une croissance de l'ordre de 5 à 10%, la pollution lumineuse risquait de compromettre à moyen terme la rentabilité scientifique et la vocation de l'OMM. Face aux enjeux que représente la protection du ciel nocturne pour la région, il est devenu impératif d'arrêter la croissance et de réduire la pollution lumineuse. Les premières actions menées en ce sens datent du début des années 1990. Les chercheurs de l'OMM et la Fédération des astronomes amateurs du Québec avaient alors publiquement fait part de leurs soucis mais leurs interventions avaient malheureusement donné bien peu de résultats.

 

C’est à la fin des années 1990 que la lutte contre la pollution lumineuse a véritablement commencé. L’OMM était alors en pleine démarche de mise à jour et de renouvellement de ses équipements et souhaitait préserver leur capacité d’observation. En 2002, le président de l’ASTROLab et les directeurs du PNMM et de l’OMM ont défini les grandes lignes d’un projet visant à réduire significativement la pollution lumineuse dans la région. Grâce au Centre local d’emploi du Granit, au PNMM et à la Sépaq ainsi qu’à l’OMM, ils ont réuni les fonds nécessaires au lancement du projet. Ils ont embauché Chloé Legris à titre de chargée de projet et lui ont confié la responsabilité de définir un plan d’action dont elle assurerait la réalisation sur une période de 3 à 5 ans.

 

Au moment où il a été convenu de l'importance de réduire la pollution lumineuse dans la région, des analyses ont permis de déterminer les contributions des municipalités environnantes :

  • 50% pour les municipalités situées à moins de 25km du mont-Mégantic
  • 25% pour la ville de Sherbrooke
  • 25% pour les autres sources (25km et plus)

 

Malgré leur petite taille, les municipalités situées dans un rayon de 25km contribuent significativement à la pollution lumineuse enregistrée à l'OMM. Ceci est dû au fait que l'éclairement décroît en fonction du carré de la distance. Ces municipalités constituent donc des cibles prioritaires dans la réduction de la pollution lumineuse autour du parc national du Mont-Mégantic.

 

C'est en considérant les besoins de tous et chacun et dans un esprit de solidarité régionale qu'en 2003, l'ASTROLab s'est fixé les objectifs nécessaire à la création d'une réserve de ciel étoilé. Les objectifs principaux du plan d'action étaient de préserver la capacité de recherche de l'OMM et le potentiel récréotouristique de l'ASTROLab et du parc national du Mont-Mégantic, réduire la pollution lumineuse de 25% à l'OMM et favoriser la mise en place d'éclairage de qualité permettant de réduire aussi la consommation d'énergie.

La photo ci-dessus montre des mesures de la pollution lumineuse autour de l'OMM effectuées par Chad Moore (Night Sky Team, US-National Park Services). À l'exception des dômes produits par les villes et illustrés par les couleurs allant du rose au vert, on constate que le fond du ciel est plutôt sombre et les chercheurs de l'OMM jouissent d'un ciel étoilé d'une qualité exceptionnelle.

Le plan d'action

Trois axes d'intervention ont été visés pour la création de la réserve : la sensibilisation pour faire connaître les enjeux, la réglementation pour préserver l'avenir et la conversion de dispositifs d'éclairage pour diminuer la pollution lumineuse. Le projet s'est inscrit dans le mouvement du développement durable, et tous les citoyens situés sur le territoire d'intervention ont bénéficié de ses retombées. Au fil du temps, sa portée s'est même étendue à l'échelle nationale et internationale.

La campagne de sensibilisation de l’ASTROLab s’est faite par l’intermédiaire de discussions avec les décideurs politiques, de séances de formation pour les professionnels, et par des outils de sensibilisation destinés aux médias et à la population. L’ASTROLab n’a pas ménagé ses efforts et a contribué à l’éducation des citoyens et des élus :

  • en faisant régulièrement publier des articles dans les bulletins municipaux de la région ;
  • en développant des outils de sensibilisation (dépliants, calendriers, autocollants, etc.) qui ont su développer un sentiment d’appartenance au projet auprès des citoyens du territoire d’intervention ;
  • en proposant des activités éducatives à ses visiteurs ;  
  • en diffusant de l’information sur son site Internet.

La démarche de sensibilisation s’est poursuivie jusqu’à la fin du Projet afin que sa portée continue de s’étendre dans l’avenir.

Le Projet de lutte contre la pollution lumineuse ne pouvait se réaliser sans l’instauration d’une nouvelle réglementation qui protégerait le ciel étoilé tout en étant en accord avec les principes d’un éclairage de qualité. Certains règlements sur le contrôle de l’éclairage existaient avant la naissance du projet, mais l’équipe de l’ASTROLab a voulu innover en proposant aux municipalités un cadre qui tenait compte des nouvelles tendances en matière d’éclairage et d’efficacité énergétique. Ceci s’est fait de concert avec les recommandations des organismes ayant une expertise en la matière, tels que la Commission Internationale de l’éclairage, l’International Dark-Sky Association, l’Institution of Lighting Engineers et l’Illuminating Engineering Society of North America

Le processus d’élaboration d’un cadre réglementaire adapté à la réalité du Québec s’est également déroulé sous la supervision d’un groupe d’experts qui a été consulté tout au long du processus et qui veillait à la viabilité, à la pertinence et à la portée des normes proposées. Après un an de préparation, un règlement sur l’éclairage extérieur a été proposé aux MRC du Granit et du Haut-Saint-François ainsi qu’à la Ville de Sherbrooke. Tous l’ont adopté et inséré dans leur règlement d’urbanisme.

Suite a l'adoption de la réglementation, la phase de conversion a été entreprise, plus particulièrement dans les municipalités situées dans le voisinage immédiat du mont Mégantic. Le projet de conversion de l’éclairage public et privé a été mis en place en 2006 grâce au support financier des partenaires suivants : Ressources Naturelles Canada, Hydro-Québec, le ministère des Affaires municipales et des Régions, la Conférence régionale des élus de l’Estrie, le parc national du Mont-Mégantic et la SÉPAQ, l’Université Laval, l’Université de Montréal, l’Université McGill et l’OMM et les Caisses populaires Desjardins de l’Estrie.

Le programme a connu un immense succès et ses retombées sont allées au-delà des attentes de l’ASTROLab. Ces conversions ont permis de réaliser une réduction moyenne de la consommation énergétique de 30% pour l’éclairage routier et de 60% pour les autres applications d’éclairage.

Une première mondiale

Les travaux accomplis depuis le début du Projet de lutte contre la pollution lumineuse ont permis à l’ASTROLab d’établir des bases solides pour la protection du ciel étoilé. Grâce au travail des intervenants et aux 2 millions de dollars d'investissement, plus de 3 300 luminaires ont été remplacés dans 17 municipalités. Ceci équivaut à plus de  1 700 000 kWh/an d'économies d'énergie, ou environ 200 000$ d'électricité pour la région. Les résultats obtenus à ce jour sont incontestables : avec une réduction de 35% de la pollution lumineuse, la région du mont Mégantic a véritablement commencé à retrouver ses étoiles!

 

Les commentaires recueillis auprès des chercheurs de l'OMM et des résidents autour du mont Mégantic sont très encourageants. Le fondateur de l'ASTROLab, Bernard Malenfant, a manifesté son enthousiasme : « Nous n'observons plus de dôme lumineux au-dessus de ces municipalités lorsque le ciel est couvert de nuages. Nous devons également reprendre l'habitude de nous promener autour de l'observatoire avec une lampe de poche. C'est incroyable! » 

 

L’ASTROLab espère voir s’étendre la portée de son projet afin qu’à l’avenir, les populations continuent à protéger le ciel nocturne. Le 21 septembre 2007, c'est avec une grande fierté que la région du mont Mégantic a été officiellement reconnue par l’IDA en tant que Réserve internationale de ciel étoilé, la première au monde!